Module 3. Territoire et frontières de l’acte de lecture

« En amont de l’acte de lecture », disait-on… : ce sont ces objets physiques, ces romans rencontrés qui, avant même de révéler leur contenu, incitent le lecteur à envisager la question pratique, marchande et symbolique de leur accessibilité. Cependant, une fois le roman ouvert, une fois la lecture entamée, voici que la fiction romanesque se met à faire émerger en toute subjectivité (celle de l’auteur) des notions cruciales que justement la mondialisation bouscule : le territoire et ses frontières. Ce n’est plus seulement de l’extérieur que l’on se met à appréhender ce que donnent à lire les romans à leur sujet, par exemple dans la superposition objective de carte des langues et de leur fécondité en matière de production romanesque; c’est plutôt de l’intérieur, à partir de l’expérience propre du romancier, de sa singularité, que va émerger sa saisie de telles notions. On parle ici d’émergence car, comme le présent module part toujours d’une expérience complémentaire, celle de l’acte de lecture, le roman n’offre pas toujours la claire évidence d’une thématisation : si territoire et frontières peuvent en effet y devenir des thèmes explicites, ce n’est pas toujours sous cette forme qu’ils apparaissent, tout comme le soleil n’a pas besoin d’apparaître sur la ligne d’horizon pour que la clarté matinale se substitue progressivement à l’obscurité nocturne.

En convoquant ces notions de subjectivité (du côté de l’écriture) et de progressivité (du côté de la lecture), on cesse immédiatement de réduire les romans à de simples vecteurs d’information. Ils le sont, certes, et au cas où vous liriez les romans que va suggérer ce module, vous apprendrez beaucoup sur la Slovénie et la Hongrie (ce sont les exemples qu’il va vous proposer de considérer). Néanmoins, à la fois parce qu’elle émane de la singularité d’une appréhension du monde et d’une écriture, et parce qu’elle ne se dévoile à vous, lecteur, que par le truchement d’une fiction, d’un récit, d’une manière d’écrire, cette connaissance s’avérerait bien différente de celle dispensée par une encyclopédie comme Wikipédia sur territoire et frontières de la Slovénie et de la Hongrie, tout en la recoupant à l’occasion1.

Notes et références

[1] Si l’on se référait à la tradition philosophique, on dirait le roman spontanément plus nominaliste que réaliste, contrairement à l’encyclopédie.