Module 6. C’est écrit en quelle langue?
Si vous avez lu quelques-uns des romans suggérés jusqu’ici, qu’ils relèvent du réalisme, du réalisme magique ou de toutes les formes d’outre-réalisme, c’est-à-dire par une bonne partie du spectre des possibles représentations romanesques du réel, vous aurez sans doute remarqué non seulement qu’à un titre ou un autre, ils thématisent la question de la mondialisation (ils ont été choisis pour illustrer la problématique générale du cours avec pertinence) mais aussi, qu’ils font plus discrètement émerger une des questions subsidiaires mais fondamentales de la mondialisation des lettres : la langue d’écriture.
Pas surprenant : d’une part, du point de vue linguistique, le monde est une tour de Babel, d’autre part, la littérature est un art du langage et le roman, le genre qui a dominé cet art durant tout le XXe siècle. La mondialisation d’un texte écrit dans une langue donnée implique qu’inévitablement, il manque la rencontre avec un public ne comprenant pas la langue dans laquelle il a été originellement écrit. Sans traduction, il lui restera incompréhensible, peut-être même complètement inconnu, ignoré1. Des modules précédents avaient annoncé l’importance de cartographier ce territoire de la langue; c’est maintenant qu’il convient de commencer à le dessiner. Ce sera fait en continuant à donner aux romans eux-mêmes le rôle de présentateur et en gardant en tête les deux grandes dynamiques qui saisissent et recomposent les relations de pouvoir; dynamiques qui nous servent de fil rouge depuis le début : dynamique de convergence et dynamique de divergence. Aussi le présent module sera-t-il consacré à caractériser l’ambivalence de la langue, à la fois vecteur de mise en commun et facteur de séparation, et les trois suivants à différentes configurations dans lesquelles la mondialisation fait entrer romans, langues, auteurs et lecteurs.
Notes et références
[1] Le module 8 reviendra sur cette question de la traduction.